Guide Val de Loire
  • Touraine-Chinon
    Une balade dans le vieux Chinon réserve à l’amateur d’histoire de savoureuses sensations : l’atmosphère médiévale est partout palpable, que ce soit aux abords de cette église où venait se recueillir Jeanne d’Arc, ou de cette maison dans laquelle résidait tel officier de Charles VII. Surplombant la ville, le château en ruine témoigne des scènes essentielles qui se déroulèrent entre ses murs, il y a près de six siècles… Mais l’histoire passionnante de Chinon, qui doit sa richesse à sa position au carrefour des provinces d’Anjou, de Touraine et du Poitou, commence bien avant ces faits bien connus. Ainsi, les Gallo-Romains étaient déjà présents sur le site, comme le prouvent des découvertes attestant de la présence d’un castrum et d’une agglomération à cette époque. Plus tard, à la fin du IVe siècle, saint Martin, évêque de Tours, prêcha l'évangile à Chinon. Au siècle suivant, saint Brice fonda une nouvelle église, dédiée à saint Martin, sur le coteau. La Collégiale Saint-Mexme, le plus ancien bâtiment de la ville, fut d’ailleurs élevée sur le tombeau de ce disciple de Saint Martin. Sous la domination des Plantagenêts On doit à Thibault le Tricheur, Comte de Blois et de Tours, l’agrandissement et la reconstruction du château, qui reste jusqu'au milieu du XIe siècle un point d'ancrage des comtes blésois dans leur lutte contre leurs congénères angevins. La ville et le château vont rester pendant près de 150 ans la propriété des comtes d'Anjou. En 1156, Henri II Plantagenêt hérite de la ville qui était auparavant le fief du célèbre Foulques Nerra. Couronné roi d’Angleterre en 1154, Henri élargit son territoire grâce à son mariage avec la belle Aliénor d’Aquitaine. Il devient alors, en outre, duc de Normandie, comte d’Anjou et duc d’Aquitaine. Henri II Plantagenêt, seigneur le plus puissant de l’Ouest européen, choisit Chinon comme lieu de résidence. Situé à mi-chemin entre l’Angleterre et l’Aquitaine, Chinon est un point stratégique important pour les princes anglais de cette époque. Richard Cœur de Lion, fils et successeur d’Henri II, séjourne de temps en temps dans la cité, tout comme Jean sans Terre, son frère ennemi. Mais, en 1205, Philippe Auguste parvient à prendre la ville, mettant ainsi un terme à la domination des Plantagenêts en Touraine. Le dauphin et la bergère C’est en 1429 que se déroule au château de Chinon l’une des scènes les plus fameuses de l’histoire de France : la rencontre entre Jeanne d’Arc et le " gentil dauphin ", qui aurait dû hériter du Royaume s’il n’en avait été écarté par son fou de père. Rappelons d’abord le contexte de cet épisode… Nous sommes en 1418. Le dauphin Charles, futur Charles VII, parvient à échapper aux griffes bourguignonnes - grâce à l’aide d’un seigneur angevin, Robert Lemaçon, bâtisseur de la tour de Trèves - et trouve refuge au château de Chinon. Commence alors une période de grande effervescence dans la cité. La famille royale, la cour et le gouvernement s’installent au château où siège le Grand Conseil. Les fidèles du roi et les officiers sont logés en ville. Or, le redoutable duc de Bedford, qui commande les troupes anglaises, menace la Loire au nord d’Orléans. À cette époque, Charles n’est que le " petit roi de Bourges " et se trouve à la tête d’un minuscule royaume convoité, qui plus est, par les Anglais qui s’approchent. La résistance s’organise autour du roi à Chinon. C’est ainsi qu’en mars 1429, Jeanne d’Arc trouve les mots - les " signes " - pour convaincre Charles VII, et se met en route avec ses compagnons pour " bouter " les Anglais hors du royaume de France. Le 8 mai 1429, elle remplit sa mission en repoussant l’envahisseur hors d’Orléans. Chinon devient alors la capitale d’un royaume retrouvé. Charles VII y demeure avec la cour, et la ville connaît un essor considérable jusqu’au XVe siècle où, délaissée par la famille royale, elle est confiée à un gouverneur, Philippe de Commynes. Chinon reste prospère jusqu’aux guerres de Religion. Au siècle suivant, le cardinal de Richelieu projette d’abattre l’inutile forteresse, mais le coût élevé des démolitions le fait heureusement renoncer. Laissée à l’abandon, elle se dégrade jusqu’à la Révolution et tombe dans un doux endormissement. Ce haut lieu historique français est classé en 1840 et définitivement sauvé par Prosper Mérimée en 1854. Rabelaisie, capitale Chinon Chinon, devenue sous-préfecture, subit d’importants travaux d’urbanisme qui changent son visage. Les remparts sont démolis, les quais sont aménagés et se parent d’un jardin anglais. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville s’étend sur le plateau. En 1964, EDF-GDF installe la première centrale nucléaire à Avoine, tout près. Aujourd’hui, la viticulture et le tourisme sont les deux grandes ressources de cette région, dont le tracé coïncide avec celui d’un pays que l’on nomme " Rabelaisie ", terre d'abondance, de plaisir et d'excès à jamais marquée par François Rabelais, qui fit du Chinonais le cadre des aventures de ses bons géants Gargantua et son fils Pantagruel. Le château de la Roche-Clermault, le gué de Vède, l’abbaye de Seuilly et les caves où l'on déguste du Chinon constituent le paysage à la fois réel et imaginaire de la Rabelaisie.
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  • Berry-Bourges
    En visite à Bourges, le curieux peut appréhender la ville sous plusieurs angles. D’abord, la ville verte, évoluant entre l’ambiance colorée des marais et la quiétude de l’ancien canal de Berry ; la ville sportive, ensuite, à travers ses 200 clubs qui rêvent tous d’atteindre le palmarès d’une équipe de basket féminine trois fois championne d’Europe. Enfin, la ville universitaire, dotée d’une École nationale supérieure d’ingénieurs, d’une École de l’Internet, et d’une Faculté de Droit et de Sciences. D’Avaricum à Biturigae Bourges a su mettre en valeur son patrimoine et soigner sa notoriété, par le biais notamment de son célèbre " Printemps " qui " lance " les espoirs de la chanson française dans le grand bain du show-biz, mais aussi grâce à de somptueuses animations comme les Nuits Lumière. Historique et animée, Bourges reste une ville d’eau et de jardins, assumant en cela sa fondation sur un site entouré de marais, dès le Ve siècle avant J.-C., au carrefour d’un vaste réseau de communications et d’échanges. Son histoire est passionnante, faite de hauts (très hauts…) et de bas (très bas…). L’Avaricum dont s’était emparé César devient pendant la période romaine une capitale : celle de la province aquitaine, qui se pare alors des monuments inhérents à sa haute condition. Amphithéâtre, thermes publics, port sur l’Auron, aqueducs… Mais cet âge d’or ne dure pas. La crise de l’Empire romain touche évidemment la capitale aquitaine. La période d’instabilité qui suit invite les Gallo-Romains à protéger leurs villes : Avaricum ne fait pas l’économie d’un rempart, au milieu du IVe siècle, dont on voit encore quelques vestiges en quelques points de la ville. Le christianisme s’implante définitivement au Ve siècle, des établissements religieux sont construits de part et d’autre des murs. Laissons passer quelques siècles… Biturigae subit à plusieurs reprises les effets de la longue rivalité entre les ducs aquitains et les rois francs. Pépin le Bref s’empare de la ville en 762, mais à la fin du IXe siècle, le Berry, au centre des convoitises, est dévasté. Profitant de la faiblesse du pouvoir royal, les seigneurs font la loi. Armes aux poings, Normands et Hongrois viennent visiter Bourges, qui connaît au Xe siècle un nouvel essor urbain, englobant dans sa géographie les bourgs situés aux alentours. Bourges, capitale intellectuelle du royaume Bourges connaît, du XIIe au XVe siècle, une exceptionnelle période de prospérité : la ville se densifie, des églises sont construites, des ordres religieux nouveaux apparaissent. Le XVe siècle correspond à l’ultime phase de l’apogée berruyère. Le duc Jean de Berry, frère du roi Charles V, est un ambitieux : il rêve de faire de Bourges la capitale du royaume. Ni plus ni moins. Intellectuels et artistes affluent dans la ville, qui rayonne bien au-delà des frontières du pays. Jacques Cœur, l’une des grandes figures locales, grand marchand et grand argentier du roi Charles VII, est un mécène brillant et intelligent. De nombreux hôtels et palais, rivalisant de grandeur et de luxe, sont édifiés à cette époque. Mais l’incendie de 1487, qui détruit le tiers de la ville, sonne l’heure du déclin, aggravé, au siècle suivant, par les guerres de Religion. Les industries s’effondrent. Seule l’agriculture sauve Bourges de la ruine. Les guerres de Religion divisent le royaume. Le Berry subit les conséquences de ces troubles violents. Une partie des élites - dont les professeurs d’Université - s’exile vers les pays protestants. Bourges, au XVIe siècle, n’est plus qu’une ville isolée, au milieu d’une province berrichonne qui se vide de sa population. La première Maison de la Culture Les années passent. La ville ne participe que modérément au mouvement des Lumières. La Révolution établit un constat très dur : Bourges est passé à côté du progrès. Il faut attendre le XIXe siècle pour que la ville se réveille. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la situation économique commence à s’améliorer. Préalablement, entre 1819 et 1822, la création du canal de Berry avait favorisé un premier désenclavement, accéléré dès 1847 par l’arrivée du chemin de fer. Aujourd’hui, Bourges fait figure de ville culturelle, probablement l’une des mieux nanties du pays en la matière : elle fut la première en France à accueillir une Maison de la Culture, crée par André Malraux et inaugurée par le général de Gaulle en 1964. On compte aussi un Centre culturel polyethnique, un Centre de recherche de musique expérimentale, un Centre de la Chanson, un Théâtre municipal, une École de musique et de danse… Et ce n’est sans doute pas fini !
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  • Berry-Valençay
    C’est dans la riante vallée de l’Indre que se trouve l’un des joyaux architecturaux de la région, subtil mélange de classicisme et de style Renaissance : le château de Valençay. Auparavant, ce site, habité depuis l’Antiquité, était occupé par une véritable forteresse du XIIIéme siècle. Le manoir, rasé, laissa la place au monument que l’on peut admirer aujourd’hui, ce chef d’œuvre dont les tours ne sont pas sans évoquer celles d’un majestueux voisin : Chambord. Les " Grands " éblouis par Valençay À la fin du XVIIIéme siècle, le domaine de Valençay était l’un des plus étendus de France : 20 000 ha de terres, des fermes, des forêts, des vignes… Le château, bordé d’un parc de 150 ha, se présente aujourd’hui encore comme un édifice quasi royal, avec sa centaine de pièces et ses 25 appartements. En 1803, Valençay tombe entre les mains de Talleyrand, " le diable boiteux ", ministre des Affaires étrangères de Bonaparte et l’une des plus grandes figures de l’histoire de France. C’est d’ailleurs le consul (et bientôt Empereur) qui pousse et aide Talleyrand à l’acheter. Il veut en faire un bâtiment digne de recevoir les plus grands d’un monde qu’il s’apprête à mettre, provisoirement, à genoux. C’est alors le temps des réceptions somptueuses, dans lesquelles se pressent grands politiques, financiers, diplomates de haut rang. Le roi d’Espagne, retenu six ans à Valençay - prison dorée !-, gardera même un bon souvenir de l’accueil. Un pays, un terroir Même la mort ne séparera pas Talleyrand de Valençay puisque le " diable boiteux ", bien que décédé à Paris en 1838, a choisi d’être enterré dans la terre de son château. De nos jours, le pays de Valençay est reconnu comme un terroir de vins, issus de cépages sauvignon, gamay, chardonnay, cabernet ou pinot noir, et de fromages de chèvre, ces fameuses pyramides tronquées (à forme " tronconique ") que Napoléon aurait inventées en coupant leur sommet avec son épée. Mais ce n’est bien sûr qu’une légende.
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  • Touraine-Amboise
    Amboise doit sa création et son essor à deux particularités géographiques : la présence de l’Ile d’Or, en premier lieu, qui permet de scinder la Loire en deux et de la traverser plus facilement ici qu’ailleurs ; l’existence du plateau des Châtelliers ensuite qui, créant une protection naturelle, a favorisé l’installation d’un oppidum celtique. Les Turons, ancêtres des tourangeaux, s’y installèrent dès le Ier siècle avant J.C. C’est aussi à cette époque que l’empereur César, charmé par les bords de la Loire, aurait ordonné la construction des premiers ponts d’Amboise. Quelques siècles plus tard, en 503, Amboise, ou plus précisément l’Ile d’Or - à l’endroit même où les campeurs plantent leurs tentes de nos jours - fut le théâtre d’une rencontre importante entre Clovis, chef des Francs, et Alaric, chef des Wisigoths, qui y signèrent une paix importante, mais de courte durée. De Clovis à Léonard Le Moyen Age et son cortège de guerres, de calamités, de malheurs en tout genre, n’épargne pas la bonne ville d’Amboise : les rivalités entre les seigneuries marquent le site, véritable enjeu territorial. En 1429, Jeanne d’Arc, en route vers Orléans, traverse la ville. Louis d’Amboise, qui la suit dans son périple, se trouve mêlé à un complot visant le favori de Charles VII, La Trémoïlle. Le roi condamne Louis à mort, avant de le gracier et de le rétablir dans ses propriétés. À l’exception notable d’Amboise, réunie à la couronne en 1434, et qui devient résidence royale. Charles VII restaure le château, Louis XI, Charles VIII et François Ier l’agrandissent et le modernisent. Le Valois-Angoulême invite même un artiste italien nommé Léonard de Vinci, qui est installé au manoir du Clos-Lucé. François Ier sera le dernier roi à s’intéresser à Amboise et à la Vallée de la Loire en général. Ses successeurs choisiront de se rapprocher de la capitale. Une prison pour finir Après l’épisode terrible de la conjuration d’Amboise, le XVIIIème siècle annonce un renouveau : Choiseul, qui aime le faste, séjourne en son domaine de Chanteloup - dont il ne subsiste aujourd’hui que la Pagode -, et une partie de la Cour de Louis XV avec lui. Quelques années plus tard, les Orléans prennent possession du domaine d’Amboise, qui est confisqué en 1848 et sert de prison dorée à Abd El Kader et sa suite (88 personnes !), de 1848 à 1852. La fin du XIXème siècle est celle de l’essor économique grâce à l’arrivée des premières industries.
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