Guide Val de Loire
  • Touraine-Tours
    Si l’image de " berceau des arts " est régulièrement employée à tort et à travers à propos de n’importe quelle ville de France nantie d’une sculpture ou possédant quelques toiles, on peut en revanche, et sans grand risque de se tromper, attribuer à la bonne ville de Tours la métaphore de " berceau des artistes ". Qu’on en juge : Balzac, Courteline, Destouches, Nizan, René Rapin sont nés entre Loire et Cher, pour ne citer que les écrivains et sans compter les comédiens ou chanteurs de variétés… Balzac fut, bien sûr, l’un des plus fidèles à la Touraine. Celle-ci le lui rendit bien, inspirant au père de La Comédie humaine quelques-unes de ses plus célèbres œuvres. Tours, capitale littéraire, est également celle de l’art de vivre. La ville aux 30 marchés accueille de grandes tables, sur lesquelles sont versés de savoureux nectars produits à quelques encablures. Tours, enfin, est une ville qui peut s’enorgueillir d’avoir été choisie comme capitale par les souverains, Louis XI en tête. Mais son histoire débute bien avant celle de l’avant-dernier Valois direct. Saint-Martin : de la légion à la religion C'est au Ier siècle de notre ère qu'est mentionné pour la première fois le nom de Caesarodunum ("la colline de César"), nouvelle cité destinée à devenir le chef-lieu des Turons fraîchement romanisés. Il reste quelques vestiges datant de cette époque, encore visibles vers la cathédrale, comme le Mur du castrum (près de l'actuelle rue du Petit Cupidon) ou encore la Tour gallo-romaine, vestige de la première enceinte (dans la cour du Musée des Beaux-Arts). Le christianisme pénètre dans la ville dès 338, mais c’est un légionnaire romain qui laisse son empreinte à cette époque, celui-là même qui, selon la légende, partagea son manteau avec un pauvre : le futur saint Martin. Quittant le service de Rome, il devient évêque de Tours. Moins d’un siècle après sa mort, le 11 novembre 397, une basilique est élevée sur son tombeau. Cet édifice devient un des hauts lieux du christianisme occidental, vers lequel des multitudes de pèlerins se pressent. La ville acquiert une grande renommée et devient prospère. Des drakkars sur la Loire ! La longue période de stagnation est stoppée net, au IXème siècle, par l’invasion des Normands. Tours, ville riche, est pillée à six reprises. Devant la sauvagerie des guerriers païens, les moines de Saint-Martin préfèrent transporter le corps sacré à Reims. Mais les Normands n’ont pas tout dévasté, ni tout emporté sur leurs drakkars. La Touraine est encore riche et devient, à partir du XIème siècle, l’objet des convoitises féodales : comtes d’Anjou et comtes de Blois se disputent la ville et ses alentours, passant de main en main jusqu’à la guerre de Cent-Ans qui voit la ville réunir ses deux centres urbains (Saint-Martin et le castrum) en un seul pôle, protégé par une enceinte pour se prémunir des attaques anglaises. La ville close est née. Tours, capitale de la soie Du milieu du XVème à celui du XVIème siècle, la ville devient l'asile de la royauté en péril, puis le siège de sa puissance retrouvée. Charles VII, le dauphin désavoué par son père, Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier reviennent à Tours où se trouvent leurs principaux ministres et conseillers. L'industrie de la soie est florissante, puisque l’on compte à cette époque jusqu’à 800 maîtres et 6 000 compagnons ! Pourtant, les uns après les autres, les souverains délaissent leur ancienne capitale, partant vers Blois ou la Région parisienne. Au XVIIème siècle, Tours décline, malgré le soutien de Richelieu puis de Colbert. La naissance d’une ville moderne Les siècles se succèdent, et avec eux des périodes plus ou moins difficiles, des faits historiques plus ou moins importants. Pendant la Révolution, la tourmente emporte la basilique Saint-Martin. Une autre révolution se déroule en décembre 1920 : le Parti Communiste Français voit le jour lors du Congrès de Tours. La cité moderne se construit le long des boulevards et de l’avenue Grammont, un important trafic ferroviaire se met en place, ce qui vaut à Tours d’être la cible de bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. Une grande partie des quartiers historiques disparaît, et la reconstruction qui s’organise après la Libération, devant faire face à une situation d’urgence, n’est malheureusement pas toujours du meilleur goût. A la fin du siècle dernier, la ville a décidé de se donner une nouvelle image, demandant à l’architecte Jean Nouvel de la parer d’un Centre des Congrès (le Vinci) à la pointe de l’architecture. Aujourd’hui, Tours est restée l’une des grandes villes du centre de la France. Son agglomération compte plus de 300 000 habitants et comprend les communes voisines de Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin, Joué-les-Tours et Saint-Pierre-des-Corps, qui entendent jouer le rôle de villes à part entière, et non de cités-dortoirs.
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  • Touraine-Chinon
    Une balade dans le vieux Chinon réserve à l’amateur d’histoire de savoureuses sensations : l’atmosphère médiévale est partout palpable, que ce soit aux abords de cette église où venait se recueillir Jeanne d’Arc, ou de cette maison dans laquelle résidait tel officier de Charles VII. Surplombant la ville, le château en ruine témoigne des scènes essentielles qui se déroulèrent entre ses murs, il y a près de six siècles… Mais l’histoire passionnante de Chinon, qui doit sa richesse à sa position au carrefour des provinces d’Anjou, de Touraine et du Poitou, commence bien avant ces faits bien connus. Ainsi, les Gallo-Romains étaient déjà présents sur le site, comme le prouvent des découvertes attestant de la présence d’un castrum et d’une agglomération à cette époque. Plus tard, à la fin du IVe siècle, saint Martin, évêque de Tours, prêcha l'évangile à Chinon. Au siècle suivant, saint Brice fonda une nouvelle église, dédiée à saint Martin, sur le coteau. La Collégiale Saint-Mexme, le plus ancien bâtiment de la ville, fut d’ailleurs élevée sur le tombeau de ce disciple de Saint Martin. Sous la domination des Plantagenêts On doit à Thibault le Tricheur, Comte de Blois et de Tours, l’agrandissement et la reconstruction du château, qui reste jusqu'au milieu du XIe siècle un point d'ancrage des comtes blésois dans leur lutte contre leurs congénères angevins. La ville et le château vont rester pendant près de 150 ans la propriété des comtes d'Anjou. En 1156, Henri II Plantagenêt hérite de la ville qui était auparavant le fief du célèbre Foulques Nerra. Couronné roi d’Angleterre en 1154, Henri élargit son territoire grâce à son mariage avec la belle Aliénor d’Aquitaine. Il devient alors, en outre, duc de Normandie, comte d’Anjou et duc d’Aquitaine. Henri II Plantagenêt, seigneur le plus puissant de l’Ouest européen, choisit Chinon comme lieu de résidence. Situé à mi-chemin entre l’Angleterre et l’Aquitaine, Chinon est un point stratégique important pour les princes anglais de cette époque. Richard Cœur de Lion, fils et successeur d’Henri II, séjourne de temps en temps dans la cité, tout comme Jean sans Terre, son frère ennemi. Mais, en 1205, Philippe Auguste parvient à prendre la ville, mettant ainsi un terme à la domination des Plantagenêts en Touraine. Le dauphin et la bergère C’est en 1429 que se déroule au château de Chinon l’une des scènes les plus fameuses de l’histoire de France : la rencontre entre Jeanne d’Arc et le " gentil dauphin ", qui aurait dû hériter du Royaume s’il n’en avait été écarté par son fou de père. Rappelons d’abord le contexte de cet épisode… Nous sommes en 1418. Le dauphin Charles, futur Charles VII, parvient à échapper aux griffes bourguignonnes - grâce à l’aide d’un seigneur angevin, Robert Lemaçon, bâtisseur de la tour de Trèves - et trouve refuge au château de Chinon. Commence alors une période de grande effervescence dans la cité. La famille royale, la cour et le gouvernement s’installent au château où siège le Grand Conseil. Les fidèles du roi et les officiers sont logés en ville. Or, le redoutable duc de Bedford, qui commande les troupes anglaises, menace la Loire au nord d’Orléans. À cette époque, Charles n’est que le " petit roi de Bourges " et se trouve à la tête d’un minuscule royaume convoité, qui plus est, par les Anglais qui s’approchent. La résistance s’organise autour du roi à Chinon. C’est ainsi qu’en mars 1429, Jeanne d’Arc trouve les mots - les " signes " - pour convaincre Charles VII, et se met en route avec ses compagnons pour " bouter " les Anglais hors du royaume de France. Le 8 mai 1429, elle remplit sa mission en repoussant l’envahisseur hors d’Orléans. Chinon devient alors la capitale d’un royaume retrouvé. Charles VII y demeure avec la cour, et la ville connaît un essor considérable jusqu’au XVe siècle où, délaissée par la famille royale, elle est confiée à un gouverneur, Philippe de Commynes. Chinon reste prospère jusqu’aux guerres de Religion. Au siècle suivant, le cardinal de Richelieu projette d’abattre l’inutile forteresse, mais le coût élevé des démolitions le fait heureusement renoncer. Laissée à l’abandon, elle se dégrade jusqu’à la Révolution et tombe dans un doux endormissement. Ce haut lieu historique français est classé en 1840 et définitivement sauvé par Prosper Mérimée en 1854. Rabelaisie, capitale Chinon Chinon, devenue sous-préfecture, subit d’importants travaux d’urbanisme qui changent son visage. Les remparts sont démolis, les quais sont aménagés et se parent d’un jardin anglais. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville s’étend sur le plateau. En 1964, EDF-GDF installe la première centrale nucléaire à Avoine, tout près. Aujourd’hui, la viticulture et le tourisme sont les deux grandes ressources de cette région, dont le tracé coïncide avec celui d’un pays que l’on nomme " Rabelaisie ", terre d'abondance, de plaisir et d'excès à jamais marquée par François Rabelais, qui fit du Chinonais le cadre des aventures de ses bons géants Gargantua et son fils Pantagruel. Le château de la Roche-Clermault, le gué de Vède, l’abbaye de Seuilly et les caves où l'on déguste du Chinon constituent le paysage à la fois réel et imaginaire de la Rabelaisie.
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  • Sologne-Châteaux
    Terre de loisirs, d’élevage et de cultures, située au cœur de la France, la Sologne a vécu intensément toutes les époques. Après l’occupation romaine, qui a laissé de nombreux vestiges, ce pays subit l’invasion des barbares au Ve siècle. Un siècle plus tard, il est reconquis par Clovis, roi des Francs, au prix de terribles batailles. L’administration mérovingienne organise ensuite le territoire en comtés : devant un pouvoir royal inopérant (nous sommes au temps des " rois fainéants ") les comtes de Blois et Orléans jouent un rôle de plus en plus important. La Sologne au centre des convoitises Au IXe siècle, les Vikings remontent les cours des rivières et s’installent dans le pays, avant les Hongrois qui tentent d’envahir le Berry voisin. Les vagues successives d’invasions affaiblissent la Sologne ; seigneurs et brigands en profitent. Dominés par le comte de Blois, ils se répartissent la région dès la fin du Xe siècle. Les guerres féodales continuent. Il faut attendre que Saint Louis rachète le comté en 1234 pour écarter tout risque de félonie. Dès la fin du XIIe siècle, les villes prennent de l’indépendance vis-à-vis des comtes et se développent sous l’autorité des conseils des notables de la ville. Survient alors, au XIVe siècle, la guerre de Cent Ans : le pays est ravagé. Après la destruction de Cormilly par le Prince Noir, la Sologne connaît une période de paix jusqu’au début du XVe siècle, moment choisi par les Solognots pour participer une nouvelle fois à la lutte contre les Anglais. Guerres de religion et sorcellerie Au temps des châteaux, sous l’influence de Jean d’Angoulême puis de son fils Charles (père du futur François Ier) et du duc d’Orléans (futur Louis XII), le pays se redresse, et connaît même une grande prospérité. Les bords de Loire tempérés et giboyeux attirent seigneurs, princes et autres souverains. Les châteaux s’édifient les uns après les autres. Le plus grand de tous, Chambord, est conçu à partir de 1519. François Ier, voulant étendre la vigne, déboise la forêt et plante 80 000 ceps. Les étangs sont aménagés ; marchés et foires se développent. C’est alors qu’apparaît une nouvelle religion : le protestantisme. Lentement, la Religion Prétendue Réformée gagne du terrain dans la région, sous l’influence notamment de Marguerite de Bourges. Les exécutions n’y font rien, le nouveau culte progresse. Massacres et pillages se succèdent ; les églises sont profanées. Les guerres civiles entraînent l’abandon des terres, dégageant un terrain favorable pour les épidémies. La Sologne est en déclin. C’est dans cette période de trouble qu’émerge la sorcellerie. Les Solognots sur les champs de bataille Au milieu du siècle de Louis XIV, le comté est délaissé par Gaston, frère du roi. Les brigands reprennent leurs maraudages. En 1658, les paysans excédés par les impôts se soulèvent lors de la " guerre des sabotiers ", conduits par Baudesson. Après l’exécution de ce meneur, le calme revient dans une Sologne misérable… À partir de 1664, Colbert réorganise l’administration du royaume : les intendants prennent le pouvoir au niveau local. Mais le règne de Louis XIV est marqué par les guerres interminables qui ruinent le pays. Les impôts sont lourds, les disettes accablent le peuple, la révolte gronde en Sologne. À la fin du XVIIIe siècle, le tableau est des plus sombres : les propriétés sont mal entretenues et les marécages de plus en plus nombreux, le paludisme sévit, les fermiers s’appauvrissent, les manufactures chères à Colbert disparaissent. L’heure de la Révolution a sonné… En l’an II, la Convention décide l’assèchement des étangs de Sologne. Devant la consternation générale, l’opération est abandonnée en cours de route. Il faut attendre l’Empire, doté d’une administration bien organisée, pour que la Sologne évolue dans un climat plus serein. Elle participe alors activement aux guerres napoléoniennes, envoyant ses hommes en grand nombre sur les champs de bataille européens. Un nouveau visage Avec un taux de mortalité élevé et les déplacements d’une population fuyant l’insalubrité, la Sologne connaît un nouveau déclin. Le prince de Beauharnais redonne de l’intérêt à cette région en favorisant l’élevage du mouton et du cheval. La Sologne est reboisée, la betterave à sucre devient une culture prospère. Les cours d’eau sont entretenus, des ponts sont construits, le trafic de marchandise est remis en marche. Au cours du XIXe siècle, les marécages sont réduits, les terres prennent de la valeur. Mais la construction du chemin de fer entraîne les populations vers les villes. Sous Napoléon III, de nombreux savants se penchent sur le problème de la Sologne : elle est partiellement asséchée, des routes agricoles sont construites, les exploitations s’améliorent. Le paludisme régresse enfin. Le comité central de Sologne continue son œuvre à la fin du siècle, poursuivant la construction des routes et le reboisement, donnant ainsi à cette province le visage qu’on lui connaît aujourd’hui.
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  • Berry-Valençay
    C’est dans la riante vallée de l’Indre que se trouve l’un des joyaux architecturaux de la région, subtil mélange de classicisme et de style Renaissance : le château de Valençay. Auparavant, ce site, habité depuis l’Antiquité, était occupé par une véritable forteresse du XIIIéme siècle. Le manoir, rasé, laissa la place au monument que l’on peut admirer aujourd’hui, ce chef d’œuvre dont les tours ne sont pas sans évoquer celles d’un majestueux voisin : Chambord. Les " Grands " éblouis par Valençay À la fin du XVIIIéme siècle, le domaine de Valençay était l’un des plus étendus de France : 20 000 ha de terres, des fermes, des forêts, des vignes… Le château, bordé d’un parc de 150 ha, se présente aujourd’hui encore comme un édifice quasi royal, avec sa centaine de pièces et ses 25 appartements. En 1803, Valençay tombe entre les mains de Talleyrand, " le diable boiteux ", ministre des Affaires étrangères de Bonaparte et l’une des plus grandes figures de l’histoire de France. C’est d’ailleurs le consul (et bientôt Empereur) qui pousse et aide Talleyrand à l’acheter. Il veut en faire un bâtiment digne de recevoir les plus grands d’un monde qu’il s’apprête à mettre, provisoirement, à genoux. C’est alors le temps des réceptions somptueuses, dans lesquelles se pressent grands politiques, financiers, diplomates de haut rang. Le roi d’Espagne, retenu six ans à Valençay - prison dorée !-, gardera même un bon souvenir de l’accueil. Un pays, un terroir Même la mort ne séparera pas Talleyrand de Valençay puisque le " diable boiteux ", bien que décédé à Paris en 1838, a choisi d’être enterré dans la terre de son château. De nos jours, le pays de Valençay est reconnu comme un terroir de vins, issus de cépages sauvignon, gamay, chardonnay, cabernet ou pinot noir, et de fromages de chèvre, ces fameuses pyramides tronquées (à forme " tronconique ") que Napoléon aurait inventées en coupant leur sommet avec son épée. Mais ce n’est bien sûr qu’une légende.
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