Guide Val de Loire
  • Berry-Bourges
    En visite à Bourges, le curieux peut appréhender la ville sous plusieurs angles. D’abord, la ville verte, évoluant entre l’ambiance colorée des marais et la quiétude de l’ancien canal de Berry ; la ville sportive, ensuite, à travers ses 200 clubs qui rêvent tous d’atteindre le palmarès d’une équipe de basket féminine trois fois championne d’Europe. Enfin, la ville universitaire, dotée d’une École nationale supérieure d’ingénieurs, d’une École de l’Internet, et d’une Faculté de Droit et de Sciences. D’Avaricum à Biturigae Bourges a su mettre en valeur son patrimoine et soigner sa notoriété, par le biais notamment de son célèbre " Printemps " qui " lance " les espoirs de la chanson française dans le grand bain du show-biz, mais aussi grâce à de somptueuses animations comme les Nuits Lumière. Historique et animée, Bourges reste une ville d’eau et de jardins, assumant en cela sa fondation sur un site entouré de marais, dès le Ve siècle avant J.-C., au carrefour d’un vaste réseau de communications et d’échanges. Son histoire est passionnante, faite de hauts (très hauts…) et de bas (très bas…). L’Avaricum dont s’était emparé César devient pendant la période romaine une capitale : celle de la province aquitaine, qui se pare alors des monuments inhérents à sa haute condition. Amphithéâtre, thermes publics, port sur l’Auron, aqueducs… Mais cet âge d’or ne dure pas. La crise de l’Empire romain touche évidemment la capitale aquitaine. La période d’instabilité qui suit invite les Gallo-Romains à protéger leurs villes : Avaricum ne fait pas l’économie d’un rempart, au milieu du IVe siècle, dont on voit encore quelques vestiges en quelques points de la ville. Le christianisme s’implante définitivement au Ve siècle, des établissements religieux sont construits de part et d’autre des murs. Laissons passer quelques siècles… Biturigae subit à plusieurs reprises les effets de la longue rivalité entre les ducs aquitains et les rois francs. Pépin le Bref s’empare de la ville en 762, mais à la fin du IXe siècle, le Berry, au centre des convoitises, est dévasté. Profitant de la faiblesse du pouvoir royal, les seigneurs font la loi. Armes aux poings, Normands et Hongrois viennent visiter Bourges, qui connaît au Xe siècle un nouvel essor urbain, englobant dans sa géographie les bourgs situés aux alentours. Bourges, capitale intellectuelle du royaume Bourges connaît, du XIIe au XVe siècle, une exceptionnelle période de prospérité : la ville se densifie, des églises sont construites, des ordres religieux nouveaux apparaissent. Le XVe siècle correspond à l’ultime phase de l’apogée berruyère. Le duc Jean de Berry, frère du roi Charles V, est un ambitieux : il rêve de faire de Bourges la capitale du royaume. Ni plus ni moins. Intellectuels et artistes affluent dans la ville, qui rayonne bien au-delà des frontières du pays. Jacques Cœur, l’une des grandes figures locales, grand marchand et grand argentier du roi Charles VII, est un mécène brillant et intelligent. De nombreux hôtels et palais, rivalisant de grandeur et de luxe, sont édifiés à cette époque. Mais l’incendie de 1487, qui détruit le tiers de la ville, sonne l’heure du déclin, aggravé, au siècle suivant, par les guerres de Religion. Les industries s’effondrent. Seule l’agriculture sauve Bourges de la ruine. Les guerres de Religion divisent le royaume. Le Berry subit les conséquences de ces troubles violents. Une partie des élites - dont les professeurs d’Université - s’exile vers les pays protestants. Bourges, au XVIe siècle, n’est plus qu’une ville isolée, au milieu d’une province berrichonne qui se vide de sa population. La première Maison de la Culture Les années passent. La ville ne participe que modérément au mouvement des Lumières. La Révolution établit un constat très dur : Bourges est passé à côté du progrès. Il faut attendre le XIXe siècle pour que la ville se réveille. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la situation économique commence à s’améliorer. Préalablement, entre 1819 et 1822, la création du canal de Berry avait favorisé un premier désenclavement, accéléré dès 1847 par l’arrivée du chemin de fer. Aujourd’hui, Bourges fait figure de ville culturelle, probablement l’une des mieux nanties du pays en la matière : elle fut la première en France à accueillir une Maison de la Culture, crée par André Malraux et inaugurée par le général de Gaulle en 1964. On compte aussi un Centre culturel polyethnique, un Centre de recherche de musique expérimentale, un Centre de la Chanson, un Théâtre municipal, une École de musique et de danse… Et ce n’est sans doute pas fini !
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  • Anjou-Saumur
    Saumur n’a pas plus de mille ans et reste pourtant une énigme. Quelle est l’origine de son nom ? Mystère. " Salvus Murus " (" la muraille qui sauve ") ? Le " mur du saule " ? Ou bien " Sol Mur " (" le mur dans le sol ") ? Toutes les thèses sont vraisemblables. En revanche, une chose est sûre : les bourgades qui en sont à l’origine seraient nées non pas sur la Loire, mais sur le Thouet. Passée sous le giron du comte Foulques Nerra en 1026, Saumur se heurte aux calamités de l’époque. Les guerres locales succèdent aux famines. L’avènement des Plantagenêts, bâtisseurs du vaste ensemble anglo-angevin, lui offre une paix relative et des conditions favorables à la croissance. Henri II apprécie l’endroit, il prend même dans la cité quelques décisions capitales. La région attire les régnants. Aliénor d’Aquitaine, devenue veuve, séjourne régulièrement dans l’abbaye de Fontevraud et y organise le cimetière des rois. Le château, " forteresse princière " En 1203, Philippe Auguste s’empare de Saumur sans coup férir, faisant passer la ville dans la mouvance directe des Capétiens. Les guerres reprennent de plus belle. Si Angers se positionne en tant que rempart contre les Bretons, Saumur devient quant à elle un verrou contrôlant la route du Poitou et l’Aquitaine. Les Saumurois, " Français " depuis plus d’un siècle, revendiquent leur nouvelle appartenance. Ils portent le Royaume dans leurs cœurs et le défendent durant la guerre de Cent Ans. À cette époque, sur les bases d’un ancien rempart du siècle précédent, un nouveau château est édifié, à la fois résidence princière et forteresse, qui constitue l’essentiel du château actuel. Sous Louis XI, les tours sont rehaussées, d’autres sont ajoutées aux angles. Après des siècles difficiles, rythmés par toutes sortes de calamités (famines, guerres, fléaux climatiques, épidémies, inondations), le XVIème siècle s’ouvre sur la construction du dernier fortin surveillant les ponts et s’achève quand Saumur devient une place donnée en garantie à Henri de Navarre (alors chef des Protestants et futur roi Henri IV). Entre les deux dates, les guerres de Religion ont ensanglanté la ville. La volonté de refonder la structure ecclésiastique en place explique l’adhésion en masse des notables saumurois aux idées de la Réforme. Le premier prédicateur apparu à Saumur, René Poyet, est brûlé vif en 1552. Une première église protestante est dressée en 1562, année du déclenchement des guerres de Religion. Saumur la Protestante En Anjou, les seigneurs ruraux prennent les armes. Saumur, avec sa ligne de ponts, est un objectif majeur. Mais les événements ont affaibli les huguenots. La huitième guerre de Religion survient. Saumur est l’une des places données en garantie à Henri de Navarre, qui en confie le commandement à Duplessis-Mornay. En 1589, Navarre entre dans Saumur. Une Académie protestante est créée en 1599, qui devra fermer ses portes en janvier 1685, sur décision du Conseil d’État tenu en présence du Très Catholique Louis XIV. La fermeture de l’Académie protestante porte un coup à l’économie saumuroise, qui se redresse néanmoins au siècle suivant. C’est à cette époque qu’une ville nouvelle est créée, 180 mètres en aval de l’ancienne, structurée autour d’une longue percée rectiligne de 3 900 toises (7,6 km) s’étirant du coteau de Bournan jusqu’au départ de la nouvelle levée de Vivy. De nouveaux ponts sont conçus, un vaste ensemble de quais et de levées d’enceinte protège l’agglomération contre les crues et favorise la circulation.
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  • Touraine-Chinon
    Une balade dans le vieux Chinon réserve à l’amateur d’histoire de savoureuses sensations : l’atmosphère médiévale est partout palpable, que ce soit aux abords de cette église où venait se recueillir Jeanne d’Arc, ou de cette maison dans laquelle résidait tel officier de Charles VII. Surplombant la ville, le château en ruine témoigne des scènes essentielles qui se déroulèrent entre ses murs, il y a près de six siècles… Mais l’histoire passionnante de Chinon, qui doit sa richesse à sa position au carrefour des provinces d’Anjou, de Touraine et du Poitou, commence bien avant ces faits bien connus. Ainsi, les Gallo-Romains étaient déjà présents sur le site, comme le prouvent des découvertes attestant de la présence d’un castrum et d’une agglomération à cette époque. Plus tard, à la fin du IVe siècle, saint Martin, évêque de Tours, prêcha l'évangile à Chinon. Au siècle suivant, saint Brice fonda une nouvelle église, dédiée à saint Martin, sur le coteau. La Collégiale Saint-Mexme, le plus ancien bâtiment de la ville, fut d’ailleurs élevée sur le tombeau de ce disciple de Saint Martin. Sous la domination des Plantagenêts On doit à Thibault le Tricheur, Comte de Blois et de Tours, l’agrandissement et la reconstruction du château, qui reste jusqu'au milieu du XIe siècle un point d'ancrage des comtes blésois dans leur lutte contre leurs congénères angevins. La ville et le château vont rester pendant près de 150 ans la propriété des comtes d'Anjou. En 1156, Henri II Plantagenêt hérite de la ville qui était auparavant le fief du célèbre Foulques Nerra. Couronné roi d’Angleterre en 1154, Henri élargit son territoire grâce à son mariage avec la belle Aliénor d’Aquitaine. Il devient alors, en outre, duc de Normandie, comte d’Anjou et duc d’Aquitaine. Henri II Plantagenêt, seigneur le plus puissant de l’Ouest européen, choisit Chinon comme lieu de résidence. Situé à mi-chemin entre l’Angleterre et l’Aquitaine, Chinon est un point stratégique important pour les princes anglais de cette époque. Richard Cœur de Lion, fils et successeur d’Henri II, séjourne de temps en temps dans la cité, tout comme Jean sans Terre, son frère ennemi. Mais, en 1205, Philippe Auguste parvient à prendre la ville, mettant ainsi un terme à la domination des Plantagenêts en Touraine. Le dauphin et la bergère C’est en 1429 que se déroule au château de Chinon l’une des scènes les plus fameuses de l’histoire de France : la rencontre entre Jeanne d’Arc et le " gentil dauphin ", qui aurait dû hériter du Royaume s’il n’en avait été écarté par son fou de père. Rappelons d’abord le contexte de cet épisode… Nous sommes en 1418. Le dauphin Charles, futur Charles VII, parvient à échapper aux griffes bourguignonnes - grâce à l’aide d’un seigneur angevin, Robert Lemaçon, bâtisseur de la tour de Trèves - et trouve refuge au château de Chinon. Commence alors une période de grande effervescence dans la cité. La famille royale, la cour et le gouvernement s’installent au château où siège le Grand Conseil. Les fidèles du roi et les officiers sont logés en ville. Or, le redoutable duc de Bedford, qui commande les troupes anglaises, menace la Loire au nord d’Orléans. À cette époque, Charles n’est que le " petit roi de Bourges " et se trouve à la tête d’un minuscule royaume convoité, qui plus est, par les Anglais qui s’approchent. La résistance s’organise autour du roi à Chinon. C’est ainsi qu’en mars 1429, Jeanne d’Arc trouve les mots - les " signes " - pour convaincre Charles VII, et se met en route avec ses compagnons pour " bouter " les Anglais hors du royaume de France. Le 8 mai 1429, elle remplit sa mission en repoussant l’envahisseur hors d’Orléans. Chinon devient alors la capitale d’un royaume retrouvé. Charles VII y demeure avec la cour, et la ville connaît un essor considérable jusqu’au XVe siècle où, délaissée par la famille royale, elle est confiée à un gouverneur, Philippe de Commynes. Chinon reste prospère jusqu’aux guerres de Religion. Au siècle suivant, le cardinal de Richelieu projette d’abattre l’inutile forteresse, mais le coût élevé des démolitions le fait heureusement renoncer. Laissée à l’abandon, elle se dégrade jusqu’à la Révolution et tombe dans un doux endormissement. Ce haut lieu historique français est classé en 1840 et définitivement sauvé par Prosper Mérimée en 1854. Rabelaisie, capitale Chinon Chinon, devenue sous-préfecture, subit d’importants travaux d’urbanisme qui changent son visage. Les remparts sont démolis, les quais sont aménagés et se parent d’un jardin anglais. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville s’étend sur le plateau. En 1964, EDF-GDF installe la première centrale nucléaire à Avoine, tout près. Aujourd’hui, la viticulture et le tourisme sont les deux grandes ressources de cette région, dont le tracé coïncide avec celui d’un pays que l’on nomme " Rabelaisie ", terre d'abondance, de plaisir et d'excès à jamais marquée par François Rabelais, qui fit du Chinonais le cadre des aventures de ses bons géants Gargantua et son fils Pantagruel. Le château de la Roche-Clermault, le gué de Vède, l’abbaye de Seuilly et les caves où l'on déguste du Chinon constituent le paysage à la fois réel et imaginaire de la Rabelaisie.
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  • Touraine-Tours
    Si l’image de " berceau des arts " est régulièrement employée à tort et à travers à propos de n’importe quelle ville de France nantie d’une sculpture ou possédant quelques toiles, on peut en revanche, et sans grand risque de se tromper, attribuer à la bonne ville de Tours la métaphore de " berceau des artistes ". Qu’on en juge : Balzac, Courteline, Destouches, Nizan, René Rapin sont nés entre Loire et Cher, pour ne citer que les écrivains et sans compter les comédiens ou chanteurs de variétés… Balzac fut, bien sûr, l’un des plus fidèles à la Touraine. Celle-ci le lui rendit bien, inspirant au père de La Comédie humaine quelques-unes de ses plus célèbres œuvres. Tours, capitale littéraire, est également celle de l’art de vivre. La ville aux 30 marchés accueille de grandes tables, sur lesquelles sont versés de savoureux nectars produits à quelques encablures. Tours, enfin, est une ville qui peut s’enorgueillir d’avoir été choisie comme capitale par les souverains, Louis XI en tête. Mais son histoire débute bien avant celle de l’avant-dernier Valois direct. Saint-Martin : de la légion à la religion C'est au Ier siècle de notre ère qu'est mentionné pour la première fois le nom de Caesarodunum ("la colline de César"), nouvelle cité destinée à devenir le chef-lieu des Turons fraîchement romanisés. Il reste quelques vestiges datant de cette époque, encore visibles vers la cathédrale, comme le Mur du castrum (près de l'actuelle rue du Petit Cupidon) ou encore la Tour gallo-romaine, vestige de la première enceinte (dans la cour du Musée des Beaux-Arts). Le christianisme pénètre dans la ville dès 338, mais c’est un légionnaire romain qui laisse son empreinte à cette époque, celui-là même qui, selon la légende, partagea son manteau avec un pauvre : le futur saint Martin. Quittant le service de Rome, il devient évêque de Tours. Moins d’un siècle après sa mort, le 11 novembre 397, une basilique est élevée sur son tombeau. Cet édifice devient un des hauts lieux du christianisme occidental, vers lequel des multitudes de pèlerins se pressent. La ville acquiert une grande renommée et devient prospère. Des drakkars sur la Loire ! La longue période de stagnation est stoppée net, au IXème siècle, par l’invasion des Normands. Tours, ville riche, est pillée à six reprises. Devant la sauvagerie des guerriers païens, les moines de Saint-Martin préfèrent transporter le corps sacré à Reims. Mais les Normands n’ont pas tout dévasté, ni tout emporté sur leurs drakkars. La Touraine est encore riche et devient, à partir du XIème siècle, l’objet des convoitises féodales : comtes d’Anjou et comtes de Blois se disputent la ville et ses alentours, passant de main en main jusqu’à la guerre de Cent-Ans qui voit la ville réunir ses deux centres urbains (Saint-Martin et le castrum) en un seul pôle, protégé par une enceinte pour se prémunir des attaques anglaises. La ville close est née. Tours, capitale de la soie Du milieu du XVème à celui du XVIème siècle, la ville devient l'asile de la royauté en péril, puis le siège de sa puissance retrouvée. Charles VII, le dauphin désavoué par son père, Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier reviennent à Tours où se trouvent leurs principaux ministres et conseillers. L'industrie de la soie est florissante, puisque l’on compte à cette époque jusqu’à 800 maîtres et 6 000 compagnons ! Pourtant, les uns après les autres, les souverains délaissent leur ancienne capitale, partant vers Blois ou la Région parisienne. Au XVIIème siècle, Tours décline, malgré le soutien de Richelieu puis de Colbert. La naissance d’une ville moderne Les siècles se succèdent, et avec eux des périodes plus ou moins difficiles, des faits historiques plus ou moins importants. Pendant la Révolution, la tourmente emporte la basilique Saint-Martin. Une autre révolution se déroule en décembre 1920 : le Parti Communiste Français voit le jour lors du Congrès de Tours. La cité moderne se construit le long des boulevards et de l’avenue Grammont, un important trafic ferroviaire se met en place, ce qui vaut à Tours d’être la cible de bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. Une grande partie des quartiers historiques disparaît, et la reconstruction qui s’organise après la Libération, devant faire face à une situation d’urgence, n’est malheureusement pas toujours du meilleur goût. A la fin du siècle dernier, la ville a décidé de se donner une nouvelle image, demandant à l’architecte Jean Nouvel de la parer d’un Centre des Congrès (le Vinci) à la pointe de l’architecture. Aujourd’hui, Tours est restée l’une des grandes villes du centre de la France. Son agglomération compte plus de 300 000 habitants et comprend les communes voisines de Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin, Joué-les-Tours et Saint-Pierre-des-Corps, qui entendent jouer le rôle de villes à part entière, et non de cités-dortoirs.
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